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Mère-Grand_Murale

Écrire

m'aide à comprendre pourquoi je crée, et quels sujets me tiennent à cœur. C'est un repère entre mes cycles de création.

Au fil des années, l'écriture m'a permis de coucher mes pensées sur papier, de relier les idées entre elles et de mieux me comprendre. Cette pratique est à la racine de mes débuts en arts visuels. Quand j'ai commencé à faire de l'art public en 2020, mon ami scénariste Clément Bompart m'a encouragé à sortir mes textes de mes carnets pour les publier sur une plateforme accessible au public, Medium. Cette pratique m'a notamment aidé à bien documenter mes expositions et m'a poussé à approfondir les sujets que j'aborde à travers mon art. L'écriture est essentielle à ma création en arts visuels, et je vais continuer à documenter mon parcours artistique et mes réflexions de cette façon.

Note à vous qui me lisez : recevez ces lettres accompagnées d'illustrations et d'avantages exclusifs réservés à la McCoymmunauté en vous abonnant gratuitement à mon infolettre saisonnière.

Été 2026

Chère McCoymmunauté,

 

Gardez-vous en mémoire votre enfance, et ce que cela vous a apporté? J'étais, sans surprise, très « tête en l'air » et aimais regarder les nuages par la fenêtre en classe. Je trouvais du plaisir et du réconfort dans le dessin, comme beaucoup d'enfants. Jour et nuit, j'aimais réaliser des bandes dessinées faites maison pour ma petite sœur avec mes crayons de couleur.

 

Lors du Mondial 1998, je m'étais pris d'une étrange passion pour les drapeaux, et avais décidé de remplir les murs de ma chambre de dessins de ceux que j'appréciais le plus. L'un d'entre eux suscitait particulièrement mon attention : le drapeau canadien.

Mon âme d'enfant aimait-elle son rouge flamboyant, ou sa feuille d'érable, seul motif organique parmi tous les drapeaux que j'avais dessinés? Impossible de me l'expliquer aujourd'hui. Je l'aimais, simplement.

 

Cette étrange affinité avec les drapeaux du monde fit germer, dans ma vie d'adolescent, un intérêt pour le monde et sa géographie. Le Canada allait rester une vraie curiosité pour moi, et son automne rougeoyant, à l'image de son drapeau, ne cessa d'habiter mon esprit jusqu'à mon arrivée à Montréal en 2015. Quelque chose m'y appelait, sans que je puisse vraiment me l'expliquer.

 

Sans le football, peut-être que cette succession d'événements ne se serait jamais produite, et que je ne serais jamais devenu canadien... et artiste!

 

J'aime toutes les couleurs, mais pendant les prochaines semaines, j'aurai un faible pour le bleu et le rouge. Bon Mondial à toutes et à tous!

Si vous me connaissiez en 2024, vous avez certainement dû participer à ma première exposition en solo, « Poussière d'Étoile », organisée à la Galerie 2790. J'y abordais, par le prisme artistique, les conclusions scientifiques menant à comprendre que les êtres sentients tels que nous les imaginons sont constitués de matière stellaire et, surtout, d'une grande quantité de vide dans lequel s'engouffre une matière noire encore mal connue.

 

Le cosmos, limite connue (ou imaginée) par notre espèce, est un terrain qui a beaucoup nourri mon imagination. Lors de mes longs hivers québécois, j'ai consommé beaucoup de contenu scientifique vulgarisé pour comprendre les résultats de siècles de recherche et continuer à m'émerveiller.

 

Le petit garçon que j'étais regardait les nuages par la fenêtre de sa classe. L'adulte qu'il est devenu regarde les nébuleuses, ces mêmes nuages, mais à l'échelle du cosmos.

 

Je cherche aujourd'hui à poursuivre ce rapprochement entre la science et l'art. Pas nécessairement dans le domaine de l'astrophysique : la simple biologie m'intéresse tout autant.

 

Les exemples de convergence entre ces deux disciplines sont nombreux, et ont contribué à bâtir les plus grands esprits scientifiques de notre époque.

 

Les lois de la perspective linéaire, dérivées de la géométrie optique, avaient donné au polymathe Léonard de Vinci et à ses successeurs les bases du « point de fuite », une technique universellement connue par les artistes aujourd'hui.

 

Au XIXe siècle, le chimiste Chevreul découvrait le contraste simultané des couleurs : le fait que deux couleurs juxtaposées sont perçues différemment par l'œil humain que lorsqu'elles sont isolées. Cette découverte donna naissance à un courant artistique au complet : le pointillisme. J'avais utilisé cette technique dans l'œuvre portant le nom de mon exposition, « Stardust », acquise en 2024.

Plus récemment, les percées en physique et la compréhension de l'atome au milieu du XXe siècle ont révolutionné notre compréhension de la matière. Le solide devint une illusion, le vide une constante. L'artiste Dalí s'empara alors du sujet et entra dans une phase qu'on appela « Mystique Nucléaire ». De ce lien fort entre la science et l'imaginaire artistique, plusieurs œuvres sont nées. L'une d'entre elles, Galatée aux sphères (1952), propose la réinvention d'un mythe grec qui rend son sujet, Gala, l'épouse de Dalí, indestructible, en lévitation, et donc immortelle...

 

Cher lecteur, n'avez-vous pas, vous aussi, l'impression qu'avec toute la connaissance scientifique accumulée à notre époque, nous pourrions faire émerger de nouveaux sujets, voire de nouveaux courants artistiques qui pourraient marquer notre temps... et, qui sait, améliorer notre condition collective?

 

Je vais continuer à explorer cette intersection entre l'art et la science dans la suite de mes travaux. À la différence de « Poussière d'Étoile », née d'une démarche très cognitive, ma prochaine exposition sera davantage ancrée dans mon imaginaire. La science sera un point de départ, moins une finalité.

 

Cette prochaine exposition porte déjà un nom : « Tout ce qui flotte. »

En collaboration avec la photographe Lucile Ponsolle, cette nouvelle collection mettra de l'avant un sentiment de contemplation et de temps suspendu.

 

La peinture, mon art visuel, est statique. Avec la prédominance des formats numériques et leur accélération constante, le public que je cherche à rejoindre est celui qui accepte de s'arrêter devant une toile, et de l'apprécier pendant quelques secondes, voire, peut-être, quelques minutes. Sans jugement, je me préoccupe de ce que deviendront nos esprits avec toute cette stimulation et cette accélération de notre humanité.
 

La contemplation est à l'origine de presque tout ce que nous avons construit : nos avancées spirituelles, intellectuelles, scientifiques. Rien de grand n'est né d'un esprit qui courait. 

 

Si cela pouvait sembler absurde il y a vingt ans, cultiver la contemplation devient aujourd'hui une lutte en faveur de notre humanité et de notre santé d'esprit.

 

L'art m'a permis de mieux regarder le monde, et surtout, de m'arrêter. L'enfant rêveur a retrouvé le sens d'une quête imaginaire que l'adulte avait crue perdue, et souhaite désormais s'en servir pour réveiller d'autres enfants qui portent, au fond d'eux-mêmes, la même intuition.

 

« Tout ce qui flotte » trouvera aussi son ancrage dans la science, comme mentionné plus haut. La relativité générale (Einstein) nous a appris, jusqu'à preuve du contraire, que l'espace et le temps ne figent pas la réalité, mais n'en sont que des perceptions. Ce n'est pas une fiction : le temps s'écoule différemment selon la gravité. Cette base théorique me donne énormément d'inspiration visuelle à retranscrire sur mes toiles.

 

Si vous avez des inspirations à me partager, je suis preneur!

Sur une autre note, je terminerai en août une étude titanesque : la copie de l'œuvre « Corbeille de fruits » du Caravage. Soixante heures, estimées, à imiter l'un des maîtres du clair-obscur, afin de me perfectionner dans mon nouveau médium, la peinture à l'huile.

 

Si vous lisez ces mots, vous faites partie de ma communauté rapprochée, et je vous remercie de prendre le temps de les lire. Avant de rendre cette œuvre publique, faites-moi signe si vous souhaitez vous positionner pour son acquisition. Si vous êtes à Montréal, je vous montrerai volontiers son état d'avancement.

 

Sur une autre note, les inscriptions sont lancées pour mon cours de dessin (débutants) de l'automne. 320 $ pour seize heures de pratique : mon prix se veut accessible, pour permettre au plus grand nombre de commencer, ou recommencer, à dessiner. Si cela vous intéresse, ou pourrait intéresser un ami, voici le formulaire de pré-inscription.

 

Bon solstice d'été, symbole de renouveau et de renaissance dans plusieurs traditions des Premières Nations. On se retrouve au premier jour de l'automne!

Printemps2026

Chère McCoymunauté,

 

Nous sommes le 20 mars. C'est le printemps!

 

Comme chaque année, pour nous autres Montréalais, l'arrivée de cette saison demeure théorique : nous attendons encore une ou deux bordées de neige avant de réellement nous dire que l'hiver est derrière nous.

 

Une fois les premiers rayons de soleil sortis et le thermomètre atteignant les deux chiffres, nous voyons alors éclore les premiers shorts et, avec eux, une mentalité propre à cette ville : profiter du moment et tirer le maximum de la courte fenêtre de vitamine D qui se présente.

 

Je suis né au printemps et aime particulièrement cette période de renouveau. Je l'apprécie d'autant plus qu'elle me permet de recroiser des artistes muralistes qui ont, comme moi, hiberné pendant des mois.

 

Je vous souhaite, en ce premier jour de printemps, de retrouver un élan de vitalité et de vous plonger dans un bain de couleurs, quoi que cela signifie pour vous!

Cet élan n'est pas toujours simple à cultiver, je vous l'accorde. Les récents événements qui apparaissent sur nos fils d'actualité viennent jouer les trouble-fêtes. Difficile, me direz-vous, de s'émerveiller et de lâcher prise quand une poignée de nos semblables mettent cette planète à feu et à sang. L'art apaise nos âmes en temps de paix, mais qu'en est-il quand l'obscurantisme nous divise à ce point?

 

D'ailleurs, quelle devrait être la posture de l'artiste dans ce contexte? Notre rôle est-il de prendre position, au risque d'abandonner la légèreté et l'onirisme qui nous habitent et qui apportent au monde sa dose nécessaire de poésie? Ou devrait-on, au contraire, continuer à divertir notre audience, en prenant le risque de projeter nos privilèges et de sembler détachés de notre réalité?

 

Pas simple. Et puis, de toute façon, quelle place morale peut réellement occuper l'artiste dans un contexte où, de toute façon, nos opinions se polarisent à ce point? 

 

Notre vision du monde en noir et blanc profite aux chambres d'écho, et nous nous enfermons progressivement dans une moralité compartimentée. Notre sens critique collectif s'affaisse, et la morale idéale que nous projetons pour le bien de la société devient celle d'un groupe auquel nous appartenons, consciemment ou non.

 

Comment faire société dans ce contexte?

 

Ces jours-ci, je lis Pensées pour moi-même, un livre écrit par le penseur stoïque Marc Aurèle au IIe siècle. Dans ce corpus de texte introspectif, une phrase m'a apporté un élément de réponse : « Arrêter de parler de ce qu'est l'homme bon, et simplement l'être. »

 

Simplement l'être.

 

Notre boussole morale n'a pas besoin d'être si complexe, après tout. Ni celle de l'artiste, ni celle de qui que ce soit. Comme le prônent virtuellement toutes les spiritualités, la qualité de nos actions individuelles, surtout quand personne ne nous regarde, est un témoin neutre et fiable de notre sens moral profond. Et ce sens moral, par nos actions, influencera notre entourage.

 

C'est une intuition grandissante que je cultive. Regarder les actes et ne pas se fier aux mots, slogans, posts Instagram, et autres vitrines et postures. Incarner ce que j'aimerais que ce monde soit, et choisir de nourrir des relations avec des individus qui vont dans ce sens... Au risque de m'enfermer, à mon tour, dans ma propre chambre d'écho.

J'essaie donc d'élargir mes horizons.

 

J'ai récemment fait une rencontre surprenante d'une personne qui m'a ramené à mes racines chrétiennes. J'avais coupé ce passé depuis longtemps et rangé la religion dans une de ces catégories dont je ne voulais plus entendre parler. « Parlez-moi de spiritualité, pas de religion », demandait mon ego.

 

Sans oublier les excès de ce monothéisme et la souffrance qu'il a pu engendrer chez tant d'individus à grande échelle, cette personne m'a montré la facette qu'avaient cultivée mes grands-parents dans leur communauté : des actions quotidiennes et intentionnelles pour soi et autrui. Là où beaucoup d'entre nous cherchent à créer leur propre guide moral, les « bons » chrétiens, par la synchronisation de leurs efforts, s'appuient sur une mélodie déjà écrite pour maximiser leur impact individuel et collectif.

 

Je n'avais jamais vu les choses ainsi, et j'ai aimé être bousculé dans mes acquis.

 

J'aime me rendre compte de mes propres pensées et croyances limitantes. La métacognition, comme le disent les psychologues. S'entendre penser est un incroyable outil pour s'observer et, bien entendu, créer. J'essaie de la cultiver la nuit, notamment, en attrapant mes rêves. Ce n'est pas simple, et mes rêves ne sont pas très colorés ces temps-ci. Peut-être aurai-je quelques bonnes prises prochainement.

 

Parlons de couleurs, justement!

 

J'ai eu l'occasion de peaufiner, récemment, mes compétences en peinture à l'huile avec le maître Robert Pietrantonio. Notre dynamique maître-élève est excellente, et je suis en mesure, avec lui, de capturer bien plus que quelques techniques de peinture. Il me dessine même le visage ces temps-ci, il fait une étude de 8 heures au total. Je vous montrerai le résultat à la fin du mois d'avril!

Robert transpire l'art, respire les couleurs et est obsédé par des références très nichées qu'il a si longuement étudiées. Sa passion et son exigence sont un véritable moteur pour moi. Il ne veut pas seulement que je sois un bon élève ; il veut que j'excelle dans mon art. Là-dessus, nous sommes alignés.

 

Quand je l'ai rencontré pour la première fois, autour de mon exposition « Stardust » en 2024, je lui avais confié que je cherchais à me détacher d'une étiquette unique. Certains me voyaient comme un peintre « urbain », d'autres comme « académique ». Je ne me revendique d'aucun de ces deux camps, tout en ne les reniant pas. J'ai un immense respect pour les artistes qui ont dédié leur adolescence à perfectionner leur « handstyle » sur des murs, et qui, à mon âge, sont des artistes urbains exceptionnels. Me mettre dans leur catégorie serait un peu prétentieux. J'ai aussi une grande admiration pour la patience dont font preuve les peintres purement académiques, et celles et ceux qui les ont précédés. Je n'ai ni les diplômes ni la mentalité nécessaires pour appartenir à ce monde, mais je m'en inspire comme chaque chose qui attire ma curiosité dans ce monde – que cela plaise ou non.

 

Ces derniers temps, je me détache beaucoup de la technique pure. Je sais dessiner, je sais peindre, je n'ai plus besoin de me le prouver. J'ai eu besoin, à mes débuts, de recevoir une certaine validation afin de me légitimer dans ce milieu. La croissance de ma sensibilité artistique grâce à ma fréquentation de l'écosystème artistique montréalais m'a amené ailleurs, et j'en suis très heureux.

 

L'art est un moyen, pas une finalité. Ma toile et mes pinceaux sont des vecteurs. La finalité est de retranscrire la beauté de ce monde dans ses abstractions et ses couleurs. Avez-vous remarqué l'ombre que projette une fin d'après-midi hivernale sur la neige? Elle est bleue! Ou, plus précisément, azur clair. Avez-vous remarqué l'intensité d'un coucher de soleil hivernal? La façon dont il réchauffe son sujet, rendant les édifices orange ou rougeoyants? L'été s'en vient : regardez le violet qui se dégage des couleurs chaudes au-dessus de vos têtes. Incroyable.

 

Ne pensez pas que les couleurs ne sont que des données sur nos tableaux. Elles portent des enseignements fondamentaux. Si l'artiste mélange trop de couleurs, la lumière sera absorbée, tendant vers le noir. On appelle cela la synthèse soustractive. 

 

De quels pigments pourriez-vous vous débarrasser pour éclairer la toile de votre vie ?

Mon objectif sera, avec l'huile, de traduire cet émerveillement. Je suis toujours dans la phase un peu frustrante d'apprentissage. J'aime apprendre vite, mais l'huile me rend humble. Je dois cultiver cette patience ; c'est un pari que je prends sur le long terme.

 

Pour le moment, je m'affaire à traduire ma passion dans le cadre de cours individualisés. Comme je vous le disais dans ma précédente note, je me suis remis à enseigner, car cette pratique me fait énormément apprendre sur ma propre technique et mes lacunes. Et parce que j'aime partager! 

 

Étant donné que j'ai énormément d'artistes talentueux autour de moi qui auraient toutes les compétences nécessaires pour enseigner leur pratique, j'envisage peut-être, à plus ou moins long terme, de monter un réseau d'enseignants qui pourraient vous apprendre leurs techniques en art visuel. Murales, aquarelle, dessin avancé, etc. Faites-moi savoir ce qui vous intéresserait, je suis preneur de vos avis!

 

À ce sujet, l'artiste Tchekon et moi lancerons, à l'automne, un cours collectif de Niveau 1 (débutant) et de Niveau 2 (intermédiaire/avancé). Que vous n'ayez jamais touché à un crayon ou que vous souhaitiez perfectionner votre pratique en dessin, nous pourrons vous prêter main forte. Les détails suivront au courant du printemps!

 

N'hésitez pas à me partager vos impressions au sujet des sujets sociétaux amenés en première partie de cette note, et à me dire ce que vous pensez (ou, plutôt, ressentez) de mon virage artistique. Je sais que ma communauté du début risque de peut-être se détourner de mon art, je prends ce risque et je l'assume. Ma direction artistique restera toujours ancrée dans mes expériences, et c'est justement cela que j'espère que vous apprécierez, quelle que soit mon ère artistique. S'il n'y a qu'une chose que je peux vous promettre, c'est que je resterai honnête avec moi-même, et donc avec vous.

 

Jusqu'à ma prochaine note, je vous souhaite un joyeux printemps!

Hiver
2025

Chère McCoymmunauté,

 

Loin des températures polaires québécoises, je vous écris depuis les Monts d'Arrée, en Bretagne, où mon grand-père vit et où mes racines perdurent. Ce lieu déserté par beaucoup à cause de son climat rigoureux et de ses nombreuses zones marécageuses m'offre, chaque fois, une grande bouffée de sérénité. 

 

Le sol acide qui supporte les pierres millénaires taillées par les puissants vents atlantiques prévient l'éclosion d'arbres, ce qui rend le décor presque désertique. J'y ai puisé beaucoup de mon inspiration, les paysages mélancoliques qui jonchent ses bas sommets rappellent l'Irlande et ses terres désolées. Venez y jeter un œil à l'occasion, vous comprendrez!

Il existe un dicton par ici: "si tu aimes la Bretagne en hiver, tu aimes vraiment la Bretagne!" Il en va de même, je crois, avec mon pays d'adoption, le Canada, qui est un hiver semi permanent. Loin des longues journées chaudes du mois de juin, ce jour de solstice nous invite à la fin d'un cycle et à une introspection profonde pour maturer le suivant. Comme vous, mon année 2025 a été ponctuée de hauts et de bas, qui ont chacun apporté leur lot d'expérience et d'inspiration. 

Cette année fut, pour moi, un apprentissage profond sur le lâcher-prise. Là où mon âme d'entrepreneur se sent en sécurité dans un contrôle et la mise en place de jalons dans mes initiatives, 2025 m'a poussé à me détacher de finalités et à me recentrer sur l'effort de l'instant et le moment présent. J'accueille cet enseignement et tente de l'apprivoiser comme je le peux sans chercher à renier ma nature profonde. Dans le milieu artistique, cela m'a apporté une plus grande spontanéité dans mes créations et dans ma façon de communiquer avec mon audience.

 

Avec cette nouvelle posture, par le biais d'errances créatives, j'ai identifié une nouvelle façon de bâtir mes murales en gribouillant sur des bouts de papier ces dernières semaines. J'ai hâte de vous introduire à mon cru 2026!

 

Dernièrement, j'ai eu l'occasion de voyager entre Marseille et Bilbao en me laissant bercer par les énergies des écosystèmes fréquentés, de la Cannebière aux Pyrénées, du musée Guggenheim au décor rural du Pays basque.

Bien évidemment, j'ai sorti à de nombreuses reprises mon carnet de dessin pour y pratiquer mon premier amour, les motifs hachurés (dessin avec des lignes parallèles, quelques exemples sur mon dernier post Instagram). Le premier dessin que j'ai fait représentait la Basilique Notre-Dame-de-la-Garde à Marseille. Dans le train, une passagère m'a complimenté sur mon travail et semblait vraiment raisonner avec ce que j'avais créé. Pour la remercier de ses bons mots et de sa curiosité, je lui ai donné ce dessin. Cet acte bénin m'a beaucoup rapproché de la raison pour laquelle j'avais commencé à créer, notamment dans l'espace public: le partage. Là où, selon ma lecture, il devient de plus en plus difficile d'interagir spontanément avec des personnes inconnues dans nos quotidiens chargés, le dessin, un langage universel qui nous ramène à l'enfance, a ce pouvoir de faire tomber nos barrières et de provoquer ce type de conversations. 

Bien que je sois sorti de l'art politique, je continue sincèrement à croire au pouvoir de transformation de la société de ma pratique, et pense que "le beau" est une expérience sensorielle qui a le pouvoir de nous élever collectivement. Regardez la corrélation entre la grandeur des civilisations qui nous ont précédées et la beauté de leurs œuvres d'art... Loin d'être un hasard, selon moi.

 

Sur ma lancée, j'eus l'occasion, pendant ce voyage, de donner trois modestes dessins au total. Le troisième fut réalisé dans le café Iruña de Bilbao (fréquenté, paraît-il, par Hemingway), où je dessinais une des lampes et me mis à discuter avec un couple d'octogénaires du coin. Le monsieur, très sympathique, me demandait où j'avais trouvé ma "carte postale". Je lui répondais que je venais de dessiner ce motif sur mon carnet de dessin, et ses yeux se sont mis à briller: c'était un artiste! Nous avons parlé pendant une bonne trentaine de minutes de l'art au Pays basque, de ses peintures (qu'il refusait de montrer au public, hélas), et de la vie en général. Quel bonheur! Ma conversation la plus profonde du voyage aura été stimulée par l'art, une fois de plus.

 

Ce voyage, le voyage, m'a aidé à faire ressortir ce côté plus spontané de ma personne. Le lâcher-prise dont je parlais un peu plus haut est une seconde nature quand je suis en mouvement. Je crois que je dois voyager davantage… Et réaliser plus de croquis en public, aussi!

 

En parlant de mouvement, comme je vous le disais dans ma dernière note de l'automne, mon séjour à Bilbao avait, entre autres, pour but de me trouver une galerie avec laquelle exposer. J'ai eu une très bonne touche avec l'une d'entre elles, et travaillerai fort au courant des six prochains mois pour bâtir une nouvelle collection et leur en faire part. Bilbao n'est qu'un écosystème parmi tant d'autres: si vous connaissez d'autres galeries dans le monde où exposer mes toiles, faites-le-moi savoir!

 

Si cette note a réveillé en vous le désir de vous investir en art d'une façon ou d'une autre, sachez que je publierai en janvier une section "Work with Titi" sur mon site web avec plusieurs façons de collaborer. Je vous le décris ici brièvement, et vous inviterai à visiter www.titimccoy.com à la mi-janvier pour en savoir plus. Je communiquerai également la publication de ces nouvelles sections sur Instagram quand elles seront publiées.

  • Cours de dessin: apprenez le dessin à votre rythme, que vous ayez ou non de l'expérience en la matière;

  • Œuvres commissionnées: obtenez une œuvre sur mesure au Canada ou à l'international;

  • Art mural: collaborez avec moi pour réaliser une œuvre sur un mur intérieur ou extérieur;

  • Programme de vente: si vous avez des connaissances en art et des habiletés relationnelles, vendez mes murales et obtenez 10% (sous condition de signature d'une entente bipartite).

 

Ayant longé la Méditerranée et l'Atlantique pendant mon périple européen, je vous laisse avec cette citation de Léonard Cohen qui, je l'espère, résonnera en vous: “If you don't become the ocean, you'll be seasick every day.” Merci d'avoir lu cette note jusqu'ici et bon hiver!

Automne
2025

Chère McCoymmunauté,

 

Il y a dix ans, en octobre 2015, je posais mes valises pour la première fois à Montréal. Un spectacle permanent m'y attendait: en plus de l'art mural, qui y donnait une âme vibrante, les couleurs changeantes des feuilles et la douceur de l'été indien me connecta instantanément à ce qui allait devenir mon pays d'adoption.

 

Plusieurs étés indiens plus tard, il y a quelques semaines, cette même nature m'offrait le plus beau des cadeaux: un rideau d'aurores boréales dansant dans le ciel, au-dessus de ma tête.

J'aurai beau aller voir les plus prestigieux musées et contempler les plus belles peintures, une chose demeure certaine pour moi: aucune œuvre n'arrivera jamais au pied de la beauté et du mystère que révèle le ciel sous toutes ses formes.

 

C'est d'ailleurs ce ciel qui continue à nourrir mon âme d'artiste ces jours-ci. Après être revenu des étoiles, auxquelles j'ai dédié une exposition en 2024, je suis cette fois-ci de retour dans l'atmosphère terrestre. Ce qui capte mon attention ces derniers temps depuis quelque temps est les formations nuageuses.

 

D'un point de vue purement technique, d'abord, les nuages me plaisent, car ils sont très difficiles à reproduire. Leur nature changeante oblige l'artiste à faire confiance à sa mémoire s'il ou elle les interprète sur le moment. Les nuages n'ont jamais de contours anguleux, ce qui rend les contrastes très subtils: si on les appuie trop, on risque de brouiller l'œil avec plusieurs points focaux et perdre la nature diffuse du nuage. Si on ne les appuie pas assez, on aura une boule de coton vidée de son essence. Les couleurs qu'attrapent les nuages, grâce à l'étoile la plus proche de la terre, sont également extrêmement intéressantes et variées. Je pense notamment à l'aube et au crépuscule, la "golden hour", qui fascine tant d'entre nous. Ces couleurs nous paraissent irréelles et nous subjuguent par leur beauté. 

 

Mon objectif, au cours de l'automne - hiver, sera d'interpréter un maximum de nuages pour être capable de créer les miens sans dépendre de sujets externes à l'avenir. Par ce biais, je serai alors capable de créer mes propres mondes et de faire voyager mon public dans un imaginaire coloré.

Toutes ces personnes qui me disent que j'ai parfois la tête dans les nuages auront alors raison. Les nuages seront même dans ma tête !

D'un point de vue plus philosophique, les nuages semblent m'appeler ces temps-ci pour plusieurs raisons. Comme je l’ai partagé récemment sur Instagram, leur nature impermanente a fait écho à ce que j'ai pu vivre au cours de ces derniers mois. Bien qu'ils soient magnifiques, il est important de se rappeler que, comme toute chose, ils ne sont que de passage et impermanents. Ils laisseront peut-être la place, dans leur métamorphose, à une version d'eux-mêmes encore plus beaux. Ou différents, tout simplement. Puis ils disparaitront, et nous rappelleront la nature universelle de la vacuité.

 

Cette vacuité me ramène à ma propre essence. Le corps humain est constitué d’atomes dont plus de 99,9% du volume est du vide, et la matière qui nous compose se renouvelle sans cesse, comme un flux continu de formes éphémères. Nous sommes une architecture mouvante de vide et de passage, une sorte d'harmonie fragile entre permanence et transformation. Le non-attachement à notre enveloppe corporelle et à la réalité qui nous entoure devient alors primordial pour mener cette vie avec paix et harmonie. Voilà, en essence, le message que me transmettent les nuages quand je les peins: ils me rappellent que je ne suis à la fois rien et tout.

 

J'ai récemment lu Des Univers Multiples, un livre d'Aurélien Barrau que je vous recommande. Je suis tombé sur un paragraphe au sujet du réel que j'aimerais vous partager, en lien avec les quelques pensées métaphysiques partagées ci-dessus:
 

"Rien n'est jamais direct. Quand j'observe le recueil de poésies posé en ce moment même sur mon bureau, c'est en réalité le fruit d'une interaction complexe entre la lumière émise par le filament d'une ampoule et ce précieux objet, lui-même composite, que mes yeux détectent. Il n'y a aucun accès au réel en tant que tel. Tout est médiat et médié. Il est même probable que  le réel en lui-même n'ait aucun sens ni aucune existence."

 

Cette analogie du médiat et médié me rappelle mes premières expériences d'exposition d'œuvres en galerie, où mon public voyait dans mes peintures des messages totalement différents de ceux que je voulais faire passer. Leur réel leur appartenait. Je comprenais alors que mon art, comme tout, n'était qu'un canal qui les aidait à accéder à leur intérieur. 
Comme je l'ai expliqué dans ma première note (été 2025), j'ai depuis cessé de créer "pour passer un message", et ai transitionné de la tête au cœur dans mon processus. Du moins, je l'essaie. 

Nous voici donc en automne. Dans la tradition autochtone, cette saison marque une période d'abondance avant l'hiver, période introspective. Je ressens aujourd'hui, autour de moi, cette abondance. Malgré quelques deuils et des moments de doute au cours de ces derniers mois, je suis reconnaissant pour la quantité d'opportunités que cette vie me donne. Ma pratique artistique est, à ce titre, un véritable pilier que je ne lâcherai pas - à l'image de l'art ancestral japonais "kintsugi", la création vient toujours souder les bouts de mon vase avec de l'or. La peinture est l'un des rares moments où je perds totalement la notion du temps, de l'espace, et où je peux voler à des milliers de pieds au-dessus de mon état conscient pour y revenir plus serein et apaisé. La sagesse que cela me procure dans le moment présent est quelque chose que je tâche consciemment de cultiver dans d'autres sphères de ma vie avec gratitude.

 

Je cite, cette fois, le grand poète soufi Rumi:


"Wear gratitude like a cloak and it will feed every corner of your life".

 

Mon collectif (OTM) et moi chercherons à réaliser une murale majeure à Montréal l'année prochaine dans le cadre du programme d’art mural de la ville de Montréal (PAM). La contribution de la municipalité peut atteindre les 75%, ce qui rend la réalisation de ce type de projet plus accessible pour les propriétaires. Si vous connaissez un particulier, commerçant, ou toute autre personne qui pourrait nous aider à trouver un beau mur, faites-moi signe.

 

Je ferai un saut en Europe à la fin de l'année, également. J'y voyagerai de façon nomade, et y explorerai notamment la ville de Bilbao dont beaucoup de personnes m'ont parlé pour son âme artistique. Il se trouve qu'une éclipse totale s'y déroulera à l'été prochain: je chercherai à y rencontrer des galeristes pour y exposer quelques œuvres pendant ce temps. C'est un long shot, mais je vais m'y essayer! Si vous y connaissez du monde, ou d'autres galeries dans la zone d'éclipse, faites-moi signe également.

J'aurai beau aller voir les plus prestigieux musées et contempler les plus belles peintures, une chose demeure certaine pour moi: aucune œuvre n'arrivera jamais au pied de la beauté et du mystère que révèle le ciel sous toutes ses formes.

 

C'est d'ailleurs ce ciel qui continue à nourrir mon âme d'artiste ces jours-ci. Après être revenu des étoiles, auxquelles j'ai dédié une exposition en 2024, je suis cette fois-ci de retour dans l'atmosphère terrestre. Ce qui capte mon attention ces derniers temps depuis quelque temps est les formations nuageuses.

 

D'un point de vue purement technique, d'abord, les nuages me plaisent, car ils sont très difficiles à reproduire. Leur nature changeante oblige l'artiste à faire confiance à sa mémoire s'il ou elle les interprète sur le moment. Les nuages n'ont jamais de contours anguleux, ce qui rend les contrastes très subtils: si on les appuie trop, on risque de brouiller l'œil avec plusieurs points focaux et perdre la nature diffuse du nuage. Si on ne les appuie pas assez, on aura une boule de coton vidée de son essence. Les couleurs qu'attrapent les nuages, grâce à l'étoile la plus proche de la terre, sont également extrêmement intéressantes et variées. Je pense notamment à l'aube et au crépuscule, la "golden hour", qui fascine tant d'entre nous. Ces couleurs nous paraissent irréelles et nous subjuguent par leur beauté. 

 

Mon objectif, au cours de l'automne - hiver, sera d'interpréter un maximum de nuages pour être capable de créer les miens sans dépendre de sujets externes à l'avenir. Par ce biais, je serai alors capable de créer mes propres mondes et de faire voyager mon public dans un imaginaire coloré.

Toutes ces personnes qui me disent que j'ai parfois la tête dans les nuages auront alors raison. Les nuages seront même dans ma tête !

D'un point de vue plus philosophique, les nuages semblent m'appeler ces temps-ci pour plusieurs raisons. Comme je l’ai partagé récemment sur Instagram, leur nature impermanente a fait écho à ce que j'ai pu vivre au cours de ces derniers mois. Bien qu'ils soient magnifiques, il est important de se rappeler que, comme toute chose, ils ne sont que de passage et impermanents. Ils laisseront peut-être la place, dans leur métamorphose, à une version d'eux-mêmes encore plus beaux. Ou différents, tout simplement. Puis ils disparaitront, et nous rappelleront la nature universelle de la vacuité.

 

Cette vacuité me ramène à ma propre essence. Le corps humain est constitué d’atomes dont plus de 99,9% du volume est du vide, et la matière qui nous compose se renouvelle sans cesse, comme un flux continu de formes éphémères. Nous sommes une architecture mouvante de vide et de passage, une sorte d'harmonie fragile entre permanence et transformation. Le non-attachement à notre enveloppe corporelle et à la réalité qui nous entoure devient alors primordial pour mener cette vie avec paix et harmonie. Voilà, en essence, le message que me transmettent les nuages quand je les peins: ils me rappellent que je ne suis à la fois rien et tout.

 

J'ai récemment lu Des Univers Multiples, un livre d'Aurélien Barrau que je vous recommande. Je suis tombé sur un paragraphe au sujet du réel que j'aimerais vous partager, en lien avec les quelques pensées métaphysiques partagées ci-dessus:
 

"Rien n'est jamais direct. Quand j'observe le recueil de poésies posé en ce moment même sur mon bureau, c'est en réalité le fruit d'une interaction complexe entre la lumière émise par le filament d'une ampoule et ce précieux objet, lui-même composite, que mes yeux détectent. Il n'y a aucun accès au réel en tant que tel. Tout est médiat et médié. Il est même probable que  le réel en lui-même n'ait aucun sens ni aucune existence."

 

Cette analogie du médiat et médié me rappelle mes premières expériences d'exposition d'œuvres en galerie, où mon public voyait dans mes peintures des messages totalement différents de ceux que je voulais faire passer. Leur réel leur appartenait. Je comprenais alors que mon art, comme tout, n'était qu'un canal qui les aidait à accéder à leur intérieur. 
Comme je l'ai expliqué dans ma première note (été 2025), j'ai depuis cessé de créer "pour passer un message", et ai transitionné de la tête au cœur dans mon processus. Du moins, je l'essaie. 

Nous voici donc en automne. Dans la tradition autochtone, cette saison marque une période d'abondance avant l'hiver, période introspective. Je ressens aujourd'hui, autour de moi, cette abondance. Malgré quelques deuils et des moments de doute au cours de ces derniers mois, je suis reconnaissant pour la quantité d'opportunités que cette vie me donne. Ma pratique artistique est, à ce titre, un véritable pilier que je ne lâcherai pas - à l'image de l'art ancestral japonais "kintsugi", la création vient toujours souder les bouts de mon vase avec de l'or. La peinture est l'un des rares moments où je perds totalement la notion du temps, de l'espace, et où je peux voler à des milliers de pieds au-dessus de mon état conscient pour y revenir plus serein et apaisé. La sagesse que cela me procure dans le moment présent est quelque chose que je tâche consciemment de cultiver dans d'autres sphères de ma vie avec gratitude.

 

Je cite, cette fois, le grand poète soufi Rumi:


"Wear gratitude like a cloak and it will feed every corner of your life".

 

Mon collectif (OTM) et moi chercherons à réaliser une murale majeure à Montréal l'année prochaine dans le cadre du programme d’art mural de la ville de Montréal (PAM). La contribution de la municipalité peut atteindre les 75%, ce qui rend la réalisation de ce type de projet plus accessible pour les propriétaires. Si vous connaissez un particulier, commerçant, ou toute autre personne qui pourrait nous aider à trouver un beau mur, faites-moi signe.

 

Je ferai un saut en Europe à la fin de l'année, également. J'y voyagerai de façon nomade, et y explorerai notamment la ville de Bilbao dont beaucoup de personnes m'ont parlé pour son âme artistique. Il se trouve qu'une éclipse totale s'y déroulera à l'été prochain: je chercherai à y rencontrer des galeristes pour y exposer quelques œuvres pendant ce temps. C'est un long shot, mais je vais m'y essayer! Si vous y connaissez du monde, ou d'autres galeries dans la zone d'éclipse (voir ci-dessous), faites-moi signe également.

 

D'ici à ma prochaine note, je vous souhaite un excellent automne!

Été
2025

Chère McCoymmunauté, 

C'est un plaisir de vous compter parmi les premiers récipiendaires de ce billet saisonnier. Votre support compte beaucoup pour moi, et je veux ici vous remercier d'avoir accepté de prendre le temps de plonger dans mon univers. 

La McCoyversation m'invitera, tous les trois mois, à déserter brièvement l'écume des choses et de vous livrer quelques perspectives teintées par mes lunettes d'artiste par le biais de courriels de ce type. Le fait de m'extraire des médias sociaux pour mener cet exercice est intentionnel: l'écriture est un médium intime que j'apprécie particulièrement et qui demande à être consommé lentement. Par ce biais, je pourrai vous donner accès à ce qui m'anime profondément et vous offrir quelques clés pour décoder mes œuvres passées et futures. 

Ce billet sera, comme son nom l'indique, une conversation. Les perspectives de mon public m'ont toujours enrichies et fait progresser en tant qu'artiste. Sentez-vous à l'aise de répondre à cette note et de rebondir sur un aspect qui vous a particulièrement touché, il me fera plaisir de lire vos perspectives et de savoir comment les miennes résonnent en vous.

Bonne lecture!

Si vous me connaissez, vous savez à quel point l'Académie des Beaux-Arts de Montréal est un lieu que j'affectionne. Comme Montréal sait si bien nous l'offrir, cette organisation m'a ouvert ses portes il y a 8 ans alors que je ne faisais encore que gribouiller dans mes modestes carnets.

 

J'ai eu l'occasion d'y croiser plusieurs talents et, bien franchement, d'en regarder certains travailler pendant les sessions de modèle vivant pour revenir avec le même matériel qu'eux la semaine suivante. Je ne suis pas vraiment autodidacte: j'ai plutôt eu la chance d'être au bon endroit au bon moment et de regarder des talents en action pour les imiter au meilleur de mes capacités.

 

Un de ces talents est Robert Pietrantonio, un professeur de l'académie qui enseigne, entre autres, la peinture à l'huile. Cela faisait un moment que je voulais tester autre chose que l'acrylique, une peinture plastique qui ne me permet pas d'aller au bout de mes idées. Au-delà des autres médiums déjà testés comme la peinture en aérosol, l'huile m'appelait particulièrement. Ses pigments rehaussés, sa versatilité, sa mémoire du temps et la philosophie qui l'accompagnent ont toujours attiré mon attention.

 

En tant qu'artiste confirmé, je pensais retourner à l'académie et aller apprendre quelques techniques et astuces me permettant d'apprivoiser ce nouveau médium. La règle du "gras sur maigre", les solvants, le glacis, etc. Semaine après semaine, pourtant, Robert ne m'apprenait pas à peindre: il m'enseignait à regarder. À observer et ressentir.

 

Quand nous autres, artistes, peignons la "nature" (c'est-à-dire un élément réel se trouvant dans notre environnement), il est nécessaire de mémoriser ce que nous voyons afin de retourner ensuite sur la toile et de le reproduire. Aussi contre-intuitif que cela puisse paraître, cela procure un avantage considérable: nous sommes capables de voir la petite portion que nous nous apprêtons à peindre en relation avec le tout.

 

Le parallèle avec cette vie me paraît fascinant. Aveuglés par notre quotidien, il nous semble parfois si difficile de voir la totalité de ce qui se présente devant nous. Nous nous attardons à peaufiner des détails quand certaines fondations restent laissées pour compte. En 2022, lors de ma première exposition, j'avais eu l'occasion d'adresser un effet psychologique connu des astronautes: l'effet de surplomb ("overview effect"). De façon systématique, il a été observé que grâce à la prise de recul dont ils avaient fait l'expérience, les astronautes qui se rendaient en mission spatiale revenaient avec un alignement avec eux-mêmes et un éveil spirituel que beaucoup n'avaient pas connu de leur vivant. Tout cela me laissa penser que si nous prenions le temps de sortir de nos enveloppes et de nous identifier comme un tout, notre passage sur terre s'en trouverait peut-être être plus léger. C'est, d'ailleurs, l'essence du projet que nous avions sorti avec le scénariste et réalisateur Clément Bompart l'année passée.

 

La recherche de cette légèreté est à la racine de mes créations. La raison pour laquelle j'ai commencé à m'investir sérieusement dans l'art était pour refaire surface et ne pas me noyer. Mon instinct me disait, à cette époque, que cette pratique serait un moyen de continuer à m'émerveiller. Bien que la conclusion demande à être nuancée, je constate aujourd'hui que l'art me permet effectivement de me détacher un tant soit peu de ce monde et de pouvoir m'observer sous des angles qui m'étaient auparavant étrangers. J'ai trouvé beaucoup de lumière dans cette pratique, mais aussi de l'ombre. Une mélancolie sourde qui continue, parfois, à accompagner mes œuvres. Ironiquement, ce sont celles qui résonnent le plus avec mon public - certainement parce qu'elles sortent de mes tripes et racontent un vécu partagé dont seul l'art a le vocabulaire.

 

Voilà que commence l'été dans l'hémisphère nord. Pour ce qui me concerne, cela veut dire que la saison des murales est en cours. Ma première de la saison 2025 fut réalisée la semaine passée à l'angle de la 15e Avenue et de l'A40 à Montréal, près de l'Arena Saint-Michel. Vous ne manquerez pas de l'observer la prochaine fois que vous ferez un trajet Québec - Montréal. Cette murale fut, pour moi, la consécration de tout ce que j'ai cherché en m'investissant professionnellement dans l'art. En effet, ce projet est le fruit d'un effort de déminéralisation du sol, c'est-à-dire de plantation d'un espace vert à la place d'un stationnement. Une assemblée citoyenne a même collaboré avec nous autres, artistes, dans la réalisation de notre œuvre en nous donnant des éléments à intégrer dans notre processus créatif. Une fois cette murale terminée, plusieurs organisations et membres du personnel politique local, incluant la mairesse de l'arrondissement, ont assisté à l'inauguration de ce nouvel espace. L'art n'est, ici, pas juste esthétique: il appuie une cause et offre des perspectives. Il donne une voix à un combat citoyen, colore des idées, rend tangible l'intangible. Les murales sont des témoins temporaires de notre époque et racontent, d'une façon ou d'une autre, le zeitgeist ("esprit du temps") de notre époque. La crise climatique, dans ce contexte, est un sujet vaste et complexe. Sensibiliser les citoyens à la protection de notre environnement est une étape cruciale à ne pas sous-estimer pour un futur passage à l'action. C'est dans cette perspective que mon collectif, OTM, a contribué à ce projet et continuera à le faire à l'avenir.

 

Au-delà des murales, qui restent un moyen d'expression fondamental, je souhaite également pousser mes créations sur toiles avec mon nouveau médium, l'huile.

 

La peinture à l'huile me demandera une patience monastique et une abnégation qui me prendra une vie au complet. Comme nous le disons toujours à l'académie, je suis et resterai un éternel étudiant. Mes premières toiles seront des expérimentations, des observations de la nature. Petit à petit, au cours des prochaines années, je continuerai à travailler sur ma technique. Mes œuvres gagneront en qualité, comme ce fut le cas pour mes peintures acryliques. Mon objectif, au-delà du succès commercial de mon parcours, sera d'accentuer et de maintenir ce sentiment de sérénité que m'apporte l'art visuel. Je perçois le privilège que j'ai d'avoir développé cette habileté, et souhaite que cela continue à m'outiller pour traverser cette vie dans ce qu'elle offre de plus beau et de plus cruel. En le faisant, j'espère que vous y trouverez également votre compte et que ces toiles résonneront avec votre for intérieur.

 

Je suis curieux, à ce titre, de vous lire au sujet de ce que l'art vous fait ressentir. Bien que nous ayons toutes et tous des ressentis différents, je crois discerner chez mon public un certain élan introspectif sur lequel je ne saurais mettre de mots. Soyons clairs: je ne répondrai jamais à une "demande" avec mes créations - cela dit, savoir comment elles vous parlent pourrait m'orienter dans mes futurs choix de sujets.

 

Ma phase "art engagé", très "premier degré", avec des revendications politiques, est désormais derrière moi. Je continue à donner 10% de mes profits artistiques à des associations de protection de l'environnement, mais ne souhaite plus orienter les opinions de mon public dans un sens ou dans l'autre. La crise contemporaine devant laquelle nous faisons face, ou la métacrise comme le nomme le philosophe écossais Jonathan Rowson, n'est, à mon goût, pas politique. Elle est plus profonde et concerne nos valeurs communes, le sens que nous donnons à notre existence, et notre capacité à nous connecter à nous-mêmes. Si l'art, et le beau plus généralement, est une des rares disciplines dans laquelle tout le monde ou presque peut se mettre d'accord, je compte utiliser ce médium pour continuer à générer un ressenti collectif et pousser le zeitgeist de mon époque dans un sens que j'estimerai utile. 

 

Je n'ai plus que quelques décennies devant moi pour m'y rendre, il ne faut pas que je traîne...

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